Fin de match, prolongations terminées. Les tirs au but vont décider du vainqueur. Le premier tireur pose le ballon, recule, s'élance… et l'écran devient noir.
Pour les spectateurs d'un site de streaming pirate, ce scénario n'est plus une hypothèse. C'est précisément ce que les autorités françaises cherchent à provoquer, et elles le disent ouvertement : « Le risque, c'est l'écran noir lors des penalties », résumait franceinfo à propos du dispositif déployé pendant la dernière Coupe du monde.
Comment un site peut-il disparaître en plein match ? Qui décide de le bloquer, et comment ? Et pourquoi, malgré des milliers de blocages, les sites pirates reviennent-ils toujours ? La réponse à cette dernière question est la plus intéressante, et elle se trouve à la fin.
Informations à jour au 15 octobre 2026, à partir des bilans publics de l'Arcom repris par la presse.
L'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel et d'internet
L'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) est née en 2022 de la fusion du CSA et de l'Hadopi. Elle a été créée par une loi de 2021 sur la protection des œuvres à l'ère numérique, qui lui a confié un rôle nouveau : lutter contre le piratage, et en particulier contre le piratage des retransmissions sportives.
Comment fonctionne un blocage
Le mécanisme repose sur un dispositif inscrit dans le code du sport, souvent appelé « injonction dynamique ». Il se déroule en trois temps :
- Les ayants droit saisissent la justice. Un diffuseur ou une ligue, qui a acheté les droits d'une compétition, demande au tribunal d'ordonner le blocage des sites qui la piratent, pour toute la durée de la compétition.
- Le juge ordonne le blocage. Les fournisseurs d'accès à internet (Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free…) doivent alors empêcher l'accès aux sites visés.
- L'Arcom met à jour la liste. C'est la partie « dynamique » : quand un site bloqué réapparaît sous une nouvelle adresse, un « site miroir », l'Arcom peut demander son blocage sans repasser devant le juge. Les nouvelles adresses sont ainsi bloquées au fil de la saison.
Pour l'utilisateur, le résultat est simple : en tapant l'adresse du site, il obtient une page d'erreur ou un message indiquant que le site est inaccessible. Nous racontons ce moment, et ce qui se cache derrière, dans ce qui se cache derrière l'écran noir.
Les chiffres : une accélération spectaculaire
Selon les bilans de l'Arcom repris par la presse, le nombre de noms de domaine sportifs bloqués a explosé en quelques années : environ 770 en 2022, puis près de 6 500 en 2025, soit une hausse d'environ 70 % sur un an. Au total, ce sont plus de 15 000 noms de domaine qui ont été bloqués depuis 2022, et le rythme a encore augmenté en 2026, avec des opérations ciblées pendant la Ligue des champions, Roland-Garros ou la Coupe du monde.
La prochaine étape : le blocage en temps réel
Le principal défaut du système actuel, c'est sa lenteur relative : entre l'apparition d'un nouveau site miroir et son blocage, il peut s'écouler assez de temps pour qu'un match entier soit diffusé. D'où le projet de blocage en temps réel, qui permettrait de couper un flux pirate pendant la rencontre, en quelques minutes.
Des tests ont déjà eu lieu en 2026, notamment pendant Roland-Garros et la Ligue des champions. Une proposition de loi prévoit de généraliser ce dispositif, et le président de l'Arcom vise une mise en œuvre au plus tard en janvier 2027. C'est ce qui rend crédible le scénario de l'écran noir au moment des tirs au but.
Le blocage fonctionne-t-il vraiment ?
Il complique beaucoup la vie des sites pirates, et il oblige leurs utilisateurs à courir sans cesse après une « nouvelle adresse ». Mais il ne fait pas disparaître le piratage : une partie importante des internautes continue d'utiliser des services illégaux, notamment des abonnements IPTV, plus difficiles à bloquer que les sites.
C'est pourquoi les autorités ne s'en tiennent plus au blocage. En 2026, la justice a commencé à poursuivre directement des abonnés de services pirates, une première en France. Nous détaillons ce qu'ils risquent dans streaming illégal : que dit la loi et que risque-t-on ?
La réponse : pourquoi les sites reviennent toujours
Voici la réponse promise au début. Les sites pirates reviennent toujours parce que créer une nouvelle adresse ne coûte presque rien : quelques euros et quelques minutes suffisent pour acheter un nom de domaine et y copier un site. Bloquer, c'est jouer au chat et à la souris.
Mais c'est justement ce jeu qui profite aux escrocs. Chaque fois qu'un site célèbre est bloqué, des clones apparaissent, des pages « nouvelle adresse officielle » fleurissent, et les fans qui les cherchent tombent sur des pièges : faux lecteurs, vol de carte bancaire, logiciels malveillants. Nous avons décortiqué ce phénomène à travers les cas de Foot2live et de Rojadirecta, le site qui ne meurt jamais.
Autrement dit, le blocage ne fait pas que fermer des portes : il rend chaque nouvelle porte plus dangereuse que la précédente. Le moyen le plus simple de ne jamais voir l'écran noir reste de regarder le match au bon endroit. Consultez notre programme du jour, notre liste des sports diffusés gratuitement et notre calcul combien coûte suivre tout le foot en France.